Les petites poucettes
PROFESSION 06 août 2019

Les petites poucettes

Michel SERRES nous a quittés à bas bruit, une lumière s’est éteinte et au moment de rédiger ces quelques lignes, je repensais à cette réflexion tirée d’un colloque à la sortie de son livre « C’était mieux avant ! ».

Chez les avocats, le monde d’hier est souvent vu comme un éden confortable et pourtant, pour ma génération qui a connu le papier carbone puis la venue du télécopieur fax et enfin l’installation d’imprimantes connectées aux premiers PC, la nostalgie du passé s’est estompée devant ces nouveaux outils bureautiques avant la déflagration de l’Internet et l’immédiateté de la réponse exigée par les clients même les fins de semaine.

 

Par Gérard SABATER, Avocat honoraire au Barreau de Draguignan, Président d’Honneur
| Maître n°249,  3ème trimestre 2019

 

les jeuens avocats sont devenus des "petites poucettes"

Comme le décrit Michel SERRES en 2012 en s’interrogeant sur la nouvelle génération : « Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la Toile, à tout le savoir : ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous vivions dans un espace métrique, référé par des distances. Ils n’habitent plus le même espace. » […] « Entre nos mains, la boîte-ordinateur contient et fait fonctionner, en effet, ce que nous appelions jadis nos « facultés » : une mémoire, mille fois plus puissante que la nôtre ; une imagination garnie d’icônes par millions ; une raison aussi, puisque autant de logiciels peuvent résoudre cent problèmes que nous n’eussions pas résolus seuls. Notre tête est jetée devant nous, en cette boîte cognitive objectivée ».

Pourtant, jeunes ou plus anciens, les avocats sont liés à leurs Palais de justice, même si le réseau privé virtuel des avocats (RPVA) a facilité les échanges avec les greffes des juridictions, évitant des déplacements fastidieux et rarement facturables. Nombre d’entre nous, qui ont quitté les rangs des UJA et dont les noms grimpent dans le Tableau des Ordres, ne se considèrent pas comme devant être rangés dans la catégorie des vieux « ronchons ». Et pourtant j’ai en mémoire cette observation de Jules RENARD qui disait : « Quand on se réjouit d’être jeune et qu’on remarque qu ’on se porte bien, c’est la vieillesse ! ».

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